La Manufacture Royale de Villeneuvette - Page 3

Bild zeigt Dieter J Baumgart
von Dieter J Baumgart

Seiten

Grand Guillaume, et une fontaine sur la Place Louis XIV. Le buffet d’eau est inspiré de Versailles et lui est adjoint, un parc aménagé à la française destiné à réjouir visiteurs et clients.
Chaque tisserand dispose alors d’un atelier au rez-de-chaussée avec un appartement pour la famille au deuxième étage Pour pouvoir faire davantage concurrence avec les manufactures néerlandaises des spécialistes sont recrutés qui révèlent volontiers leurs secrets en échange d’une vie sous le soleil du Sud.

Dès la fin du 17e siècle, l’influence de Colbert sur le Roi-Soleil avait bien diminué, pour une large part en raison des reformes intérieures négligées et de la politique extérieure devenue de plus en plus agressive. En cette époque alors les relations de parenté importent beaucoup au nouveau propriétaire et viennent compenser efficacement l’engagement en baisse de l’Etat. Bien sûr, c’est la structure sociale de ce mélange village et lieu de travail qui non seulement protège la paix nécessaire au travail dans une époque de plus en plus tourmentée mais qui aussi mènera la manufacture vers une période de prospérité insoupçonnée.
Mais dans cette période la situation financière de l’entreprise est affaiblie. Les routes commerciales vers l’Orient sont toujours perturbées par des guerres, et le déclin lancinant de la puissance de la Royauté finira par mener à coup sûr à la Révolution Française de 1789.
L’ère de Guillaume Castanier se termine bien différemment de ses débuts et le buffet d’eau n’est plus qu’un souvenir d’un temps bien meilleur sur le plan économique. Certes trois propriétaires, se succédant l’un après l’autre, peuvent préserver la manufacture d’une faillite définitive. Mais ce que Denis Gayraud acquiert en 1793 donne à peine raison d’espérer. A cette époque cependant un petit aqueduc en amont de la Dourbie à 500 mètres de Villeneuvette est également construit. De l’autre coté de la Dourbie on put utiliser une source située à une hauteur adaptée pour remplir plus efficacement le bassin, ce qui permit l’utilisation de turbines plus performantes. Aujourd’hui cette construction est connue sous le nom de « Pont d’amour ». On raconte que les amoureux devaient traverser l’aqueduc, main dans la main, jusqu’au milieu. Arrivés là, ils devaient s’embrasser au- dessus de l’eau coulant entre eux, ce qui serait un vrai numéro d’équilibre. Après une étreinte et un retour bien réussis, la relation amoureuse aurait toute garantie de durer. En fait après la cessation d’activité de la manufacture la source est achetée par Clermont-l’Hérault et intégrée au service des eaux pour approvisionner la ville en eau potable.

III. Une entreprise familiale

En l’an 1803, Joseph Maistre, catholique, tanneur et commerçant de laine de Clermont-l’Hérault devient le nouveau propriétaire de la manufacture non plus royale de Villeneuvette. Une nouvelle dynastie est fondée qui relaie un nombre important de propriétaires protestants qui se succèdent pendant 150 années.
Mais le temps a changé. La production de tissu de haute qualité qui avait fondé la réputation mondiale de Villeneuvette, est devenue plutôt une tache qui rappelle le régime féodal dépassé. L’ordre social bourgeois se manifeste surtout par des besoins accrus en uniformes. C’est un coup de chance pour le propriétaire parce que le monopole de la production du tissu d’uniformes, réservé jadis à Lodève, 30 km à l’ouest, est aboli.
Ainsi on peut compenser l’effondrement presque total du commerce d’exportation par les besoins de vêtements de troupes. En plus s’ajoutent des commandes de l’Eglise, des lycées publics et l’équipement de carrosses qui pèsent dans le budget.
En Angleterre et Belgique des artisans dernier cri sont débauchés. Ils tissent des étoffes et des ornements textiles pour les troupes de la République.
Mais avec la famille Maistre très strictement croyante, une nouvelle ère commence à Villeneuvette d’un point de vue social. Maintenant on peut lire HONNEUR AU TRAVAIL au dessus du portail. Cette parole fait référence au travail lui même. Dans ce sens Casimir Maistre intègre aussi dans la tutelle d’un patron chrétien la responsabilité envers ses ouvriers et leurs familles ; et au temps où la production diminue à cause des ventes tournant court on voit les artisans travailler comme ouvriers agricoles dans les champs et les vignobles de la famille Maistre.
A l’inverse pendant la haute saison – ce qui correspond à une période de guerres – on embauche aussi des ouvriers venant des villages alentour. Ainsi l’emploi des habitants est toujours garanti. Ils ne payent pas de loyer. Le parc à la française de Guillaume Castanier est mis en parcelles et mis à disposition des ouvriers pour y planter des fruits et des légumes. Villeneuvette dispose de service incendie et de soins médicaux assurés. Pour ce faire, chaque ouvrier verse 6 francs par an à une caisse sociale, le patron double ce montant. De cette réserve d’argent globale les ouvriers malades et leurs familles sont soutenus.
Cette forme précoce d’assurance sociale est une première comme l’obligation scolaire jusqu’à douze ans, en un temps où des autres familles comptent sur le salaire de leurs enfants à partir de 5 ans pour joindre les deux bouts. Même la participation aux cours du soir est ouverte pour des enfants et des adultes, bien sûr dans le sens d’une éducation strictement chrétienne.

Les activités communes sont annoncées par des roulements de tambour ou des hérauts. On travaille tous les jours 11 heures et demie sauf le dimanche soit de cinq heures trente jusqu’à de dix sept heures. Les portails sont fermés à 21 heures.
En dépit de toute dépendance cette petite société patriarcale offre une protection contre les rigueurs du temps et annonce déjà les villes ouvrières telles qu’elles furent planifiées dans le Nord de la France 50 ans plus tard et réalisées par l’industriel et homme politique Eugène Schneider dans

Seiten

Prosa in Kategorie: 
Thema / Klassifikation: